LUBITSCH ERNST

 

 

Réalisateur d'origine allemande, il marqua fortement le cinéma américain, et en amena un nouveau genre durant les années trente. La comédie américaine cela vous quelque chose ? New-York Miami ? Non mais lui, c'est Frank Capra, et il fut important aussi durant cette période, mais Lubitsch c'est sa Sérénade à trois, La veuve voyeuse, ou bien La huitième femme de Barbe-Bleue, où l'on retrouve avec joie Clark Gable, vu dans New-York, mais ici, il ne fait plus de stop, mais se fait toujours enguirlander par sa femme ! Pas de bol !

 

 

Remontons à l'origine pour comprendre le maître, dont on inventa une expression pour parler de ses films : la « Lubitsch Touch ». Il avait une certaine aura, mais était-il destiné à ce métier ? Né en 1892, dans la ville de Berlin, son père étant un tailleur réputé, il put lui donner de bonnes études, où il reçut un enseignement d'arts dramatiques. C'est dans ce secteur là qu'il senti qu'il devait aller, se tourner. A 16 ans, il quitte l'école, et se produit dès lors dans des cabarets la nuit. Un jour, il se fait remarquer et intègre la troupe où le grand Emil Jannings se produit. Ce dernier n'avait pas encore jouer dans les films magnifiques de Murnau, Le dernier des hommes, ou sa version du Faust de Goethe, mais au théâtre, sa présence était déjà importante, fort de son grand charisme. Quant à Lubistch, il approcha par la même occasion le cinéma qui était en pleine expansion, où on le proposa des petits rôles dans des films. Il vint à créer un personnage, du nom de Meyer, qui est, pourrais-je dire, l'archétype du comique juif allemand. Ces films, réalisés par d'insipides auteurs, dont les noms de sont pas restés dans les mémoires cinéphiliques, deviennent vite à court d'idée, et c'est donc par ce biais, qu'en 1914, Ernst Lubisch passe à la réalisation, tout en continuant de jouer, et c'est de sa plume que vient aussi l'histoire du film. Le studio Bioscop est content de voir un homme à tout faire au sein de sa maison, et ce n'est pas pour déplaire au nouveau réalisateur qui gagne désormais plus d'argent, et peut ainsi prouver à son père, d'abord réticent, que la voie du cinéma n'est pas si illusoire (hein, c'est ce que veut faire aussi celui qui écrit ces mots aussi ?!).

 

Madame Du Barry (1919) avec Pola Negri

 

Ossi Oswalda, héroïne de nombreux Lubitsch, période allemande

 

Durant cette période, qui s'échelonne jusqu'en 1922, il va réaliser un nombre important de films, en tournant jusqu'à cinq par an. Et touchant à tous les genres : en 1918, il nous amène à l'Opéra avec Carmen, et va plus loin dans la reconstitution historique en 1920 avec Anne Boleyn (un film avec Scarlett Johansson et Natalie Portman sort en début d'année prochaine : The Other Boleyn Girl) et un Roméo et Juliette la même année, Romeo und Julia im Schnee (combien y'a-t-il eu de versions différentes de cette pièce Shakespearienne ?).

 

Pola Negri dans Die Bergkatze (1921)

 

Deux actrices ont jalonné sa période allemande, Ossi Oswalda et Pola Negri, qui était presque toujours accompagnée d'Emil Jannings ; c'est avec Les yeux de la momie (Die Augen der Mumie Mä) que la carrière de réalisateur de Lubisch prit une importance. On le compara même à Erich von Stroheim, mais sans dénigrer ce dernier, l'auteur de La princesse aux huîtres (1919) avait tout de même plus de libertés, comparé aux studios américains qui étaient si réticent à produire le réalisateur d'origine viennoise, auteur d'un des meilleurs films au monde, Greed (Les Rapaces) en 1924.

 

Jeannette McDonald dans The Merry Widow (La veuve joyeuse) (1934)

 

Ayant quitté la carrière d'acteur en 1916, plusieurs casquettes sont difficiles à porter, c'est en réalisateur reconnu qu'il arrive pour la première fois aux Etats-Unis en 1921, mais quitte l'Allemagne définitivement en 1922, où il rejoint l'actrice Mary Pickford (qui vient de créer avec Chaplin notamment la United Artists). Il réalise un film où elle est la vedette, intitulée Rosita, qui marque sa première venue donc, à Hollywood. Co-réalisé apparemment par Raoul Walsh (ce dernier a du abandonné le projet, mais je n'ai pas plus de précisions pour le futur auteur de La charge fantastique (1939) avec l'héroïque Errol Flynn). La carrière de Lubitsch démarre sous les plus beaux auspices car Rosita est un succès. Il réalise donc plusieurs comédies, et arrive une adaptation d'Oscar Wilde, en 1925, L'éventail de Lady Windermere. C'est avec un plaisir, non caché, que l'on retrouve Ronald Colman, à la fine moustache, qui jouera notamment par la suite dans Horizons perdus (1937) de Frank Capra (encore lui !).

 

Ce film est aussi connu sous le titre Sumurun.

Affiche espagnole de La huitième femme de Barbe-Bleue (1938)

 

Ernst Lubitsch semble surpasser tout le monde, les critiques comme le public sont de plus en plus enthousiastes, et c'est ainsi qu'il entre à la prestigieuse Paramount, créée en 1913 par Adolf Zukor. C'est ainsi qu'il réalise son premier film parlant, Parade d'amour, avec dans les rôles vedettes Maurice Chevalier et Jeannette McDonald. Il se voit gratifié de 6 nominations aux Oscars ! Voulant remercier Hollywood sans doute, il adopte la nationalité américaine en 1933, et deux ans plus tard, l'Allemagne le déchoit de celle de son pays d'origine. Il accède du coup au statut de producteur à la Paramount, et de merveilleuses comédies viennent s'enchaîner, divinement dialoguées (il est à noter qu'il travailla avec le réalisateur de Certains l'aiment chaud, Billy Wilder, qui dans les années 30 était un scénariste très en vue). Ce dernier réalisa pour Lubisch, celui de La huitième femme de Barbe-Bleue, où le couple Gable/ Colbert faisait feu. Ninotchka en 1939, son film suivant, est de la même veine, et après s'être attaqué à la société américaine et française (Claudette Colbert incarnait une femme de la haute bourgeoisie française !), il s'en prend à l'URSS, et c'est la sublime, non « divine » Greta Garbo qui est Nina Yakushova, remplaçant le prénom du titre éponyme, pour, subtilement, essayer d'obtenir les bijoux d'une aristocrate russe, installée (pour changer !) à Paris. Dans ce film, fait marquant : Garbo rit ! A cette grande nouvelle, de nombreux panneaux publicitaires furent affichés un peu partout aux Etats-Unis, pour voir ce spectacle rarissime, elle, l'actrice de La Reine Christine, et du Roman de Marguerite Gautier. A croire que cette entrée dans la comédie la marque fortement, car il ne lui restait plus qu'à jouer dans un film, La femme aux deux visages, en 1941. Echec de ce film, c'est ainsi qu'elle mit fin à sa carrière, elle avait 36 ans, l'âge d'arrêter quand on fait du sport ! Dur d'être « divine » ! Mais revenons-en à monsieur Lubitsch !

 

Camilla Horn dans Eternal Love, son dernier film muet (1929)

 

Alors que Greta Garbo a arrêté de tourner, il n'a pas attendu pour tourner The Shop Around the Corner (1940), appelé sobrement Rendez-vous, en français, et où on retrouve l'excellent James Stewart (Mr. Smith au Sénat (1939), Vous ne l'emporterez pas avec vous (1937), tous deux réalisés par Capra : il ne veut décidément pas nous lâcher !). Cette fois, il ne met pas en scène la haute société, mais s'attache à des gens ordinaires pour raconter cette magnifique histoire, dont le synopsis, le voici qui arrive :

 

A Budapest, Alfred Kralik et Klara Novak travaillent dans la boutique de maroquinerie de Monsieur Matuschek. Les deux employés ne s'entendent guère. Alfred correspond par petites annonces avec une femme qu'il n'a jamais vue. Il découvre bientôt que cette mystérieuse inconnue n'est autre que Klara, une employée qu'il déteste au magasin. Sans révéler à celle-ci la vérité, il cherche à se rapprocher d'elle et à s'en faire aimer.

 

 

Rappelons que ce film eut pour remake Vous avez reçu un mess@ge, où Tom Hanks reprenait le rôle tenu par James Stewart. Honnête réalisation, mais il ne vaut pas l'original ! A l'ère de l'inform@tique, les films n'ont plus le charme d'antan, où les acteurs avaient une importance si grande, et où la moindre bougie dans un décor, ainsi que l'écharpe venant entourer épouser le cou et l'épaule d'une femme, étaient mesurés. Aujourd'hui, je ne dis pas que l'on ne fait pas ça, mais comment faire un film comme To be or Not to Be, qui est une des dernières réalisations de Lubitsch ? Un film ne se vaut plus à son Oscar et à sa Palme, et pourtant…

 

 

 

Voilà, je m'arrête ici pour Lubitsch, qui reçut en 1947 un Oscar d'honneur, celui-ci a de l'importance car ce fut le seul de sa carrière ! On peut dire qu'il est le père de la comédie moderne, et tous, par la suite, consciemment, ou non, ont fait du Lubitsch, ont tentés du moins, car bien souvent ce sont des Illusions perdues (avec la si belle Merle Oberon, héroïne des Hauts du Hurlevent, d'après Emilie Brontë).

 

Et voici la Lubitsch Touch qui nous est résumé, le temps de deux vidéos fort intéressantes, pour qui veut en apprendre plus sur le maître >>

 

 


Lubitsch's Touch (1)
 

Lubitsch's Touch (2)


08/12/2007
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