BERGMAN INGMAR

Ingmar Bergman

Les grands cinéastes ne meurent jamais; en tout cas ils restent toujours dans la mémoire des cinéphiles qui se souviennent d'un ou deux de leurs films et du charme et de la beauté qui se dégageaient des images, ainsi que la prestance des acteurs qui incarnaient les rôles comme s'ils étaient comme cela dans la vie, tout cela servi par un bon scénario et par la mise en scène qui fait leur force.

Une scène du film Le Visage (1958), à la lumière très travaillée, comme tous les films du réalisateur. On se croirait dans Sleepy Hollow, ou quelques autres films fantastiques, on es plus proche du Prestige !

C'est ce qui se passe pour Ingmar Bergman, à bientôt 90 ans il est toujours en vie. Né en 1918 en Suède, il tournait encore il y a quelques années un chef d'oeuvre qu'il avait réalisé pour la télévision vingt années plus tôt. Ce film s'intitulait Saraband et il réunissait la grande Liv Ullman qui  a été révélé et qui est sa muse comme Tippi Hedren a pu l'être pour Hitchcock au temps des oiseaux lorsqu'il n'y avait de printemps que pour Marnie ! Enfin, Liv Ullman a joué dans plus de films pour son mentor que ne l'ont fait les différentes muses d'Hitchcock : 10 au total, de Persona en 1966 à Saraband donc en 2003. Une belle fidélité et une assez grande longévité pour cette actrice qui a vingt ans de moins que le réalisateur, étant née en 1938.

Saraband (2003)

Pour en revenir au réalisateur plus précisément, c'est en 1945 qu'il réalise son premier film, après de nombreux scénarios écrits pour la Svensk (plus grande société suédoise, comme la Toho à l'époque au Japon). Le ton est donné pour ce premier film au titre sobre de Crise (toute ressemblance avec le film de Georg Wilhelm Pabst réalisé en 1928 ne serait que fortuit !). C'est un film assez léger sous son apparence, une petite comédie comme tous ces premiers films jusqu'à qu'arrive Sourires d'une nuit d'été.

 Réalisé en 1955, cette fois c'est plus qu'une comédie, et derrière se cache une critique acerbe de la société bourgeoise, mêlée d'une méditation sur l'amour, plus largement de la vie même. Un des personnages du film se posant la question du réel but de la vie et de l'absurdité de mourir. Il joue avec un ami à un jeu de rôle destructeur avec de vrais armes à feu, tirant chacun à leur tour, sachant qu'il y a une balle dans le chargeur qui pourrait leur être fatale. Ce thème, si souvent repris au cinéma, donnant de bons comme de mauvais films. Citons par exemple le magnifique Arizona Dream (1992) d'Emir Kusturica où la jeune fille quelque peu suicidaire, interprétée par Lily Taylor,  jouait à ce jeu, insouciante, avec Axel Blackmar, qu'incarnait Johnny Depp, et qui finissant par ne plus distinguer le rêve de la réalité, tirant trois coups de suite. Heureusement pour lui, la mort n'était pas au rendez-vous, mais le destin qu'allait connaître la jeune fille qui s'appelait Grace, serait tout autre. Qui ne se souvient pas non plus du magnifique Voyage au bout de l'enfer, réalisé par Michael Cimino ? Le plus fort qu'il ait été donné de voir sur la guerre du Vietnam assurémment, et où le personnage joué par Christopher Walken ne put jamais s'en sortir, jouant à ce jeu auquel il avait eu à faire durant le combat, prisonnier un temps par les soldats Viets.

 

 Sourires d'une nuit d'été (1955) avec Gunnar Bjornstrand (au second plan)

Le film qui fit réellement de lui un des plus grands réalisateurs au monde est assurémment Le septième sceau, tourné l'année suivante en 1956. Ce film, qui se situe au temps des Croisades, au XIIème siècle, narre l'histoire du retour d'un homme dans sa terre natale. Ayant combattu et vu la mort de très près, c'est par une matinée d'aurore, au bord de la mer, que celle-ci apparaît de nouveau, mais cette fois-ci dans la réalité sous forme humaine ! L'homme, joué par Max von Sidow, n'a pas l'air surpris et c'est ainsi que commence une conversation entre eux deux qui va durer jusqu'à la fin. Autour d'une partie d'échecs, ils vont parler et s'affronter, mais si l'homme perd, il mourra, ainsi que tous les autres personnes qui l'accompagnent, car plus il avance, plus on le suit dans son chemin. Dans ce film, règne une  ambiance sombre, presque apocaliptique : c'est assurémment la fin d'un monde, d'une civilisation que le réalisateur s'attache à montrer. Il nous fait voir un village où la peste fait ses ravages, comme dans tant de villes en ces temps tumultueux du Moyen Age. Ce qui est admirable aussi, c'est la façon dont Ingmar Bergman met en scène cela, car les images sont soignées, les contrastes entre noir et blanc, tel un film noir ou expressionniste, sont présents : c'était le cas déjà pour Sourires d'une nuit d'été. On ne peut qu'être charmé, envoûté par son atmosphère... c'est la vision que me procure ses films, et que tout le monde devrait être capable de comprendre. Il est des films qui nous envoûte et on en ressort que grandi après les avoir vus. Avec ce réalisateur suédois, qui succède au père de La Charette fantôme (1919), le grand Victor Sjoström, on aà faire à la grandeur, à la profondeur... tout simplement car il traite de sujets forts, de sujets qui touchent chacun de nous au plus profond de leur être... il nous parle de la vie, de la mort, de l'amour, comme je l'ai déjà dit, mais il est bon de le redire, car combien il faut connaître ce réalisateur qui est un des plus importants qui nous ait été de voir !

Max Von Sidow et Birgitta Valberg dans La Source (1959)

Je ne peux pas continuer à raconter tous les films de Bergman tellement ils sont magnifiques ! Il faudrait  une page par film, voire plus. Je peux vous dire ma joie de voir et revoir ses films, des Fraises sauvages à Cris et chuchotements, en passant par le La source et Persona. Ce réalisateur a influencé tant d'auteurs ; je me répète d'un auteur à l'autre mais c'est vrai que je parle que des plus grands pour l'instant, et ceux qui ont influencé le cinéma, et que j'admire énormément. Le cinéma est  arrivé à un point où il est difficile désormais d'être novateur, à moins de faire quelque chose de jamais vu, mais au risque d'endormir le spectateur, comme de nombreux ont pu l'être face au dernier David Lynch : Inland Empire (que je ne critique mais dont je fais un constat on ne peut vrai). Et oui, le cinéma n'est plus ce qu'il était. Maintenant c'est  ce qu'il va rapporter qui est important et non pas ce qu'il y a dedans. Moins on est profond, mieux c'est. Plus on est con, tant mieux, ne soyons pas trop intellectuel dans notre société abruti par tant de bêtise et de sous-culture. La culture qu'est ce que c'est ? A-t-elle existé ? On est au XXIème siècle maintenant : passé le temps des Lumières, fini Diderot et Rousseau, et les poètes Rimbaud et Baudelaire peuvent se reposer tranquilles : plus personne ne les lit désormais, ou si peu. On ne va pas à leur rencontre, mais on feuillette leurs pages parce qu'on y est obligé, et encore c'est grâce à nos chers professeurs dont on dit tant de mal parce qu'ils ne font pas leur boulot, mais au moins ils nous font partager ce qui est une des richesses du monde et qui forge notre jugement et aide à mieux comprendre le monde complexe dans lequel on vit, et nous pousse à analyser nos sentiments et nos expériences.

 

Le septième sceau (1957)  avec Max Von Sidow et Bengt Ekerot (la Mort)

Je vais m'arrêter pour Monsieur Ingmar Bergman, qui après Victor Sjöström, a pris la relève du cinéma suédois, qui depuis a trouvé en Lars Von Trier dans le pays danois voisin, un autre réalisateur d'envergure avec notamment Dancer in the dark, avec la sublime, mais si rare au cinéma, Bjork.  

Voici le somptueux début du Septième sceau mais comme dit celui qui a envoyé cette vidéo, si vous voulez voir le film, achetez le !

 



16/11/2007
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