KUROSAWA AKIRA

Un des plus grands réalisateurs assurément. Décédé il y maintenant presque dix ans, en 1998, il eut une longévité impressionnante, tournant de 1943 à 1993. Durant un demi-siècle, il a laissé son empreinte dans le cinéma japonais, mais de façon plus notoire dans le cinéma mondial.

Toshiro Mifune dans Le Chateau de l'araignée (1957)

Et pourtant, ce n'est pas le métier de réalisateur auquel il se destinait. Ce qui l'intéressait le plus c'était le dessin, plus particulièrement la peinture. Sa soeur qui était tout pour lui vient à mourir tragiquement emporté alors qu'il n'avait à peine trente ans. La perte de quelqu'un et le sens de la vie se retrouveront dans ses futurs films, profondément humanistes que sont Vivre (1952) ou bien Rêves (1990).

Un peu avant son arrivé au sein de la grande Toho, un des plus importantes sociétés de production de l'époque, il avait réussi à travailler au sein d'un cinéma où il était, non pas projectionniste, mais faisait la traduction des films muets qui étaient diffusés. Il remplaçait la pancarte traditionnelle, et pouvait être accompagné d'un pianiste, comme cela se faisait à l'époque. Evidemment, cela ne le passionnait guère, et puis le cinéma ce n'était pas réellement sa tasse de thé.

 En 1943, donc il réalise son premier film La légende du grand judo, inspiré d'une légende ancienne. Dans ces pays-là, les légendes et traditions sont sacrées. C'est ce qui fait la valeur d'un pays. Alors que les Etats-Unis ont créé le western pour raconter leur histoire, les Japonais ont mis en avant le film de samouraï (qui peut-être décliné en plusieurs sections comme le chambara ou wiu xia pian, mais je ne vais pas entrer là-dedans, je ne suis pas un fin spécialiste pour cela).

 

La légende du grand Judo (1943) 

Avec ce film, sa carrière commence, car il était facile à l'époque, au Japon en tout cas de devenir réalisateur, le public était là, les critiques étaient peu présentes, les producteurs produisaient à la chaîne, une vraie usine comme pouvait l'être Hollywood de l'autre côté du Pacifique. Cela dit, pour devenir quelqu'un cela devenait plus ardu, car le cinéma ne s'exportait guère, ou très peu. Au Japon, il y avait Kenji Mizoguchi, mais il n'avait pas encore fait Les Contes de la Lune Vague après la pluie (1953), et Yazujiro Ozu, qui quant à lui, ne devait être redécouvert que plus tard avec des films comme Le goût du saké (1962) et surtout Voyage à Tokyo (1952).

 

Ce n'est qu'à partir de Rashomon, soit sept ans plus tard, en 1950, pour que son nom prend vraiment de l'importance. Avec ce film, il remporte la Mostra de Venise, et permet ainsi aux Occidentaux de découvrir le cinéma japonais. Ce film, dans la forme est très actuel, jouant autour d'un récit qui est raconté de plusieurs façons différentes pour savoir qui a raison au final, car une femme a été violée et on tente de savoir ce qui s'est réellement passé. Ce film qui se passe dans le Japon  du VIIIème siècle, est joué admirablement par Toshiro Mifune, que le réalisateur avait déjà dirigé dans L'ange ivre et Chien enragé, sorti respectivement en 1948 et en 1949. Cet immense acteur joue ici le rôle d'un vagabond, nommé Tojomaru, et qui n'est pas très recommandable car c'est lui le méchant de l'histoire, s'il y en a un d'ailleurs, car le réalisateur fait la critique d'une société, d'un monde où tout est duperie et tromperie. Faux et usage de faux : comme la société française du XVIIème siècle que décrivait La Bruyère dans Les Caractères, et même celle qui est la notre aujourd'hui. Un film très profond en somme, comme tous les films qu'a pu réalisé l'auteur, même lorsqu'il s'est lancé dans le chambara avec Sanjuro (1961) ou Yojimbo (1962), toujours avec Toshiro Mifune, mais aussi le grand Tatsuya Nakadaï, l'acteur du magnifique Vivre, et surtout de des films de Masaki Kobayashi : La condition humaine (1959) et Harakiri (1962).

Toshiro Mifune dans Sanjuro (1962)

Après sa récompense à Venise, s'ouvre une suite de chefs-d'oeuvre : Vivre (que j'ai déjà nommé mais il est bon de le rappeler : c'était le film préféré de l'auteur et son plus profond aussi, racontant la vie d'un vie d'un homme qui n'a plus que trois mois à vivre, atteint d'un cancer incurable); Les 7 samouraïs (1954), qui donna un remake réalisé en 1960, Les sept mercenaires, par John Sturges, l'auteur du sublime Règlement de comptes à O.K. Corral; Le château de l'araignée (1954) avec toujours Mifune en tête qui donne tout dans cette adaptation de Macbeth, que Orson Welles avait adapté, six ans plus tôt, en 1948 de façon admirable aussi...

 

Toshiro Mifune (au centre) dans Les 7 samouraïs (1954) 

La liste de ses chefs d'oeuvre est immense pour ce réalisateur : rien n'est à jeter dans sa filmographie. Dès son premier film déjà, il montrait une aisance dans la mise en scène,et celle-ci ne fit que s'améliorer  au fil des années, pouvant servir à tous les genres auquel il put s'atteler, allant du film humaniste comme Barberousse (1965) au film noir avec Duel silencieux (1949), du film de samouraï (le western japonais si on peut dire) comme le très beau La forteresse cachée (1958), qui inspira George Lucas pour La guerre des étoiles. Son influence sur le cinéma mondial fut énorme, et nombreux sont les réalisateurs vouent une admiration pour ce dernier et s'en inspirent. C'est même Coppola entre autres qui a contribué à mieux le faire connaître, car le réalisateur ne trouvait pas des producteurs japonais à la fin des années 70 ! Grâce à des financements français et américains, il put réaliser Kagemusha (1980) qui remporta pas moins que la Palme d'Or (ô combien méritée !) et Ran (1985) qui, dans les scènes de bataille, et lorsqu'il filme de grands espaces, se surpasse et donne une beauté aux images presque inégalée (même Peter Jackson ou Ridley Scott n'arrivent pas à sa cheville, car à l'ère du numérique, tout est plus facile, mais 20 ans plus tôt cela était quelque peu différent !). Son avant dernier film, Rhapsodie en août, voit d'ailleurs dans le rôle principal, Richard Gere (qui vient de tourner Pretty Woman un an plus tôt, en 1990). C'est à l'âge de 92 ans qu'il termine sa carrière, avec Madadayo, laissant un scénario que Takashi Koizumi s'empara en réalisant Après la pluie en 2000.

Ran (1985)

Akira Kurosawa est mort, ses oeuvres restent et marqueront une trace indélébile dans le cinéma. On peut considérer Les sept samouraïs comme son meilleur film (c'est subjectif mais il faut parfois donner son avis !) qui marque la symbiose entre deux talents, celui du metteur en scène confronté à l'acteur principal, Toshiro Mifune, extraordinaire Kikuchiyo.

Je vous mets pour finir une petite vidéo où vous pourez voir si de ces films (la personne qui a envoyée la vidéo s'est reférée au très beau coffret 6 DVD qui était sorti en 2002, si mes souvenirs sont bons.



16/11/2007
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